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Surfer une fleur : Nico, shaper hors système
Type de projet
Photo-reportage
Date
Juin 2024
Emplacement
France
Depuis plus de quarante ans, Nico façonne des planches à la main et cultive un esprit libre, loin des podiums et du surf-business. Dans son atelier de La Ciotat, il parle de bois, d’agave, de vagues méditerranéennes, de marques volées et de liberté bricolée. Portrait d’un artisan pour qui le surf n’a jamais été une industrie.
Nico, l’artisan du surf : des planches, des fleurs et des vagues
À La Ciotat, dans un atelier qui sent la résine, le sel et la liberté, Nico raconte sans filtre plus de quarante ans de surf, de bricolage, de coups de gueule et de poésie. Premier à avoir façonné une planche en agave, ce shaper méditerranéen cultive un esprit libre à mille lieues du surf business. Rencontre avec un homme qui a toujours préféré les planches aux podiums.
« Nous, on était dans le délire, pas dans le business »
« J’ai commencé à fabriquer des planches dans les années 70, raconte Nico. Mon père voulait qu’on fasse des activités nautiques. On a essayé la voile, la natation… puis la planche à voile. La première fois, on détestait ça. La planche était accrochée à une corde, on tombait tout le temps. »
Le sourire revient. « Mais l’année d’après, on était qu’entre potes. Et là, c’était plus pareil. On a pris un niveau de malade. Alors on a voulu fabriquer nos planches. »
Dans les années 80, le surf en Méditerranée, c’est encore de la bricole, du contreplaqué et de la passion. Nico et ses frères montent leurs premières marques.
« On s’est fait piquer le nom par un camion, rigole-t-il. Alors on a changé. Et plus tard, quand je suis rentré de Tahiti, j’ai monté Manipura. Cette fois, je l’ai déposée. »
De l’artisanat pur jus à l’ère du surf Disney.
« Aujourd’hui, on a de la chance d’être en Méditerranée, explique-t-il. On est préservés. Là-bas, à Hossegor ou Hawaï, c’est Disney du surf. Euro Disney, Euro Surf. Nous, on a vécu ça à un autre rythme. »
Mais l’esprit de liberté s’est peu à peu dilué dans le business.
« On s’approprie l’image de ce que font les artisans. Comme dans *Lords of Dogtown*. Les marques rachètent les champions, les logos, les rêves. J’ai vu des mecs coller des autocollants sur mon logo pour planquer ma marque, parce qu’ils n’avaient pas le droit de surfer avec mes planches. »
Un rire amer. « C’est le championnat du monde des riches, comme en Formule 1. »
La planche en agave : retour à la terre
Et puis un jour, ’idée d’une planche en agave.
« C’est parti de trois gamins, raconte Nico. Ils me demandaient comment on faisait avant. Je leur expliquais le bois, la résine, le balsa… Et puis un matin, on voit une agave tombée au bord de la route. On la touche, on se dit : “On dirait du balsa !” On l’a embarquée. On a fabriqué une planche. »
L’idée fera le tour du monde… jusqu’en Californie.
« Un gars là-bas a repris le concept. Il a dit qu’il l’avait inventé. J’allais pas prendre un avion pour aller lui dire que c’était mon idée. Je l’avais pas déposée. De toute façon, je gagne pas ma vie avec ça, c’est un délire. Il aurait mieux fait de venir me voir. On aurait bossé ensemble. »
Une planche pour les JO, sans la frime.
Quand les organisateurs des JO contactent Nico pour exposer sa planche en agave, il croit d’abord à une erreur.
« J’ai reçu un mail. Je sais même pas comment ils ont trouvé mon nom. Ils m’ont dit : “On aimerait exposer ta planche.” Je leur ai montré des photos, et c’est parti. »
Lors d’une table ronde à Paris, il réalise qu’il fait partie d’une génération rare.
« Marco Copello me dit : “Tu crois qu’on est combien de shapers comme nous ?” Et là, je me suis rendu compte… ouais, on est plus beaucoup. »
L’esprit Manipura
Aujourd’hui, Manipura est plus qu’une marque : un état d’esprit.
« Manipura, c’est un chakra. En galicien, ça veut dire “main pure”. Et en indonésien, “temple éternel”. »
Il sourit : « C’est marrant, parce qu’un copain m’a dit récemment : “Tu fais des planches en fleurs, ta marque c’est un chakra… t’étais déjà dans le yoga-surf avant tout le monde !” »
L’artisan rit, mais reste lucide :
« Aujourd’hui, le surf, c’est très bourgeois. À l’époque, on allait sur les spots en vieilles bagnoles. Maintenant, c’est des Land Rover. Mais bon, moi je continue à bosser à ma manière. Si on coupe une agave à Cassis, on m’appelle, je viens la chercher. On fait sécher, on taille, et on fabrique une planche. Une planche née d’une fleur. »
« Surfer une fleur »
« C’est poétique, non ? Surfer une fleur », dit-il, les yeux rieurs.
Et c’est sans doute ça, le secret de Nico : faire rimer artisanat et spiritualité, surf et sincérité.
Une planche, une main, une fleur, une mer et tout un monde derrière.




















