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Coup d’État fantôme : anatomie d’une manipulation virale

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 17 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Paris n’a pas vacillé. Les institutions non plus.

Mais sur Facebook, une France imaginaire a brièvement basculé.


Depuis plusieurs jours, une vidéo prétendant annoncer un coup d’État à Paris circule massivement sur le réseau social. Le ton est grave, le décor crédible, le message alarmiste. L’armée aurait pris le pouvoir, l’ordre républicain serait tombé. Rien de tout cela n’est vrai. Pourtant, la vidéo a engrangé des millions de vues avant que le doute n’atteigne les fils d’actualité.


La séquence ne provient d’aucun média identifié. Aucun journaliste connu, aucune rédaction, aucune signature. Elle a été publiée par un compte Facebook récent, sans passé éditorial, saturé de hashtags destinés à forcer la viralité. Les images de Paris sont génériques, recyclées, le commentaire est désincarné. Plusieurs observateurs estiment qu’il s’agit d’un contenu généré ou fortement assisté par intelligence artificielle, conçu pour paraître crédible sans jamais permettre la vérification.


Le moment de diffusion n’a rien d’anodin. La vidéo surgit dans un climat de tensions politiques persistantes, de défiance institutionnelle et de circulation intense de récits complotistes. Elle exploite un terrain déjà fragilisé. Selon l’Agence Anadolu, la rumeur a été prise suffisamment au sérieux pour que des diplomates étrangers interrogent directement l’Élysée sur la réalité d’un coup de force en France. La désinformation a franchi les frontières numériques.


À qui profite cette opération ? À ceux qui mesurent l’efficacité du chaos informationnel. À ceux qui monétisent l’émotion et la peur. À ceux, étatiques ou non, qui testent la solidité des démocraties occidentales face aux récits fabriqués. Il ne s’agit pas de convaincre durablement, mais de semer le doute, de saturer l’espace public, d’affaiblir la notion même de vérité vérifiable.


Reste la question centrale : pourquoi la vidéo est-elle toujours accessible ?

Parce que Facebook a refusé de la retirer.


Selon plusieurs médias, dont Marianne et Mezha Media, la plateforme estime que la vidéo ne viole pas formellement ses règles internes. Aucun appel explicite à la violence, aucune consigne opérationnelle, donc aucune suppression automatique. Le président Emmanuel Macron a publiquement dénoncé cette décision, jugeant qu’un contenu manifestement faux et potentiellement déstabilisateur aurait dû être retiré. Facebook est resté sur sa ligne.


Cette affaire agit comme un révélateur. Une fiction bien produite peut circuler plus vite qu’un démenti officiel. Une plateforme peut tolérer un mensonge tant qu’il reste juridiquement flou. Et une démocratie peut être fragilisée sans qu’aucun char n’entre dans la capitale.


Il n’y a pas eu de coup d’État à Paris.

Mais il y a eu, le temps de quelques heures, une prise de contrôle de l’attention collective.







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