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En Guyane, les factions armées brésiliennes gagnent du terrain : l’alerte du Sénat

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • il y a 4 jours
  • 3 min de lecture

Ce n’est plus seulement une histoire d’orpaillage clandestin, de trafics diffus et de violence “importée”. Dans un rapport publié en janvier 2026, le Sénat met des mots sur ce que policiers, gendarmes et magistrats observent depuis plusieurs années, la Guyane est devenue un point d’ancrage pour des factions criminelles brésiliennes structurées, armées et de plus en plus visibles.




Une criminalité qui change d’échelle


La bascule est là, on ne parle plus de bandes opportunistes, mais de groupes qui s’installent, recrutent, se coordonnent, et imposent leurs règles. Le rapport sénatorial évoque explicitement le “développement inquiétant” de factions brésiliennes dans le département français, sur fond d’essor des flux de stupéfiants et de trafic transfrontalier.

Dans les mots du Sénat, ces organisations, nées dans les prisons brésiliennes dès les années 1970, se sont étoffées avec le narcotrafic et exportent désormais leur modèle.



Quatre factions citées, une réalité déjà connue sur le terrain


Le rapport identifie clairement quatre noms :

  • PCC (Primeiro Comando da Capital)

  • Comando Vermelho (CV)

  • Família Terror do Amapá (FTA)

  • Amigos Para Sempre (APS)

Le Sénat souligne aussi des passerelles possibles, notamment entre le FTA et le PCC, signe d’une criminalité plus souple qu’il n’y paraît, capable de s’adapter aux opportunités et aux conflits.



Enlèvements, braquages, assassinats : la violence “signature” des factions


Ce qui frappe, c’est la nature des faits remontés, braquages, assassinats, enlèvements. Une grammaire de la terreur qui fait écho à ce que ces groupes pratiquent de longue date au Brésil.

En creux, le message est limpide, la Guyane n’est pas seulement une zone de passage, elle devient un terrain de confrontation. Et cette confrontation déborde largement la question des mines illégales et des filières garimpeiras.



La Guyane, “porte d’entrée” vers l’Europe


Pourquoi ici ? Parce que la Guyane coche toutes les cases, frontière immense, densité faible, voies fluviales, profondeur forestière, pression migratoire, et un lien direct avec la métropole.

Le Sénat décrit le territoire comme une “porte d’entrée” vers l’Europe, notamment pour les flux de stupéfiants, avec des routes qui s’ajustent en permanence aux contrôles.

Dans ce tableau, la France n’affronte pas une criminalité exotique, lointaine. Elle affronte l’extension d’un système criminel continental sur son propre sol.



Une alerte politique, mais aussi un test opérationnel


L’alerte n’est pas seulement sécuritaire, elle est stratégique. Le rapport s’inscrit dans une réflexion plus large sur le “Plateau des Guyanes” et sur la place de la France comme acteur régional.

Sauf qu’en Guyane, la souveraineté ne se mesure pas qu’aux frontières sur une carte. Elle se mesure à la capacité de l’État à tenir le terrain.

Sur ce point, les opérations comme Harpie, historiquement tournée contre l’orpaillage illégal, restent un marqueur. Mais le rapport montre que la menace évolue plus vite que l’outillage, quand les factions se structurent, elles ne se contentent pas de contourner l’État, elles cherchent à l’intimider.



Le risque : une criminalité “à la brésilienne” sur un territoire français


Ce que décrit le Sénat, c’est la possibilité d’un glissement :

d’une criminalité endémique, vers une criminalité organisée transfrontalière, puis vers une logique d’emprise.

Et l’emprise, elle, ne se limite pas à la drogue, elle s’infiltre dans l’économie, les quartiers, le recrutement de jeunes, la circulation d’armes, les représailles. C’est, au fond, l’importation d’une mécanique connue en Amérique latine, le contrôle par la peur.



Un signal faible devenu signal rouge


Le rapport sénatorial ne révèle pas un phénomène entièrement nouveau. Mais il lui donne une qualification institutionnelle et politique claire, la Guyane est entrée dans le radar des factions armées brésiliennes, et ces factions n’y viennent pas pour disparaître.

Reste la question centrale, et elle est française, est-on prêt à traiter cette menace comme un sujet de souveraineté, et pas seulement comme un fait divers de plus ?




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