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La disparition d’un café Nespresso et ce qu’elle raconte de l’Éthiopie

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 18 juil.
  • 2 min de lecture

La fin annoncée de la capsule Master Origin Ethiopia de Nespresso pourrait n’être qu’une évolution de gamme parmi d’autres. Pourtant, derrière cette décision commerciale se dessine une histoire plus vaste, celle d’un pays confronté à la guerre, au dérèglement climatique et aux tensions d’une économie mondialisée.



Je suis entré dans la boutique Nespresso de Marseille avec une idée précise. Acheter quelques étuis de Master Origin Ethiopia. C’était devenu un rituel, presque une habitude. Le vendeur m’a interrompu avant même que je termine ma demande.


« Il est arrêté. »


La réponse tenait en trois mots. Aucune mise en scène, aucune explication particulière. Une référence disparaissait, remplacée par une autre. Pour la marque, ce n’était sans doute qu’une décision de catalogue. Pour moi, c’était davantage qu’un café qui quittait les rayons.

Parce que ce café avait fini par devenir un souvenir.


Il me ramenait systématiquement vers l’Afrique de l’Est, une région qui m’a profondément marqué. Il y avait dans ses arômes quelque chose qui rappelait les cafés bus au lever du jour, les haltes improvisées au bord d’une route poussiéreuse, les conversations sans montre ni échéance. Ce n’était évidemment pas l’Éthiopie dans une capsule. C’était une sensation, un lien ténu avec des voyages anciens.


En quittant la boutique, une question s’est imposée. Pourquoi retirer une référence consacrée au pays considéré comme le berceau du café arabica ?


La réponse n’était pas dans une machine à café. Elle se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres, au cœur de la Corne de l’Afrique.


Depuis plusieurs années, l’Éthiopie traverse une succession de crises qui dépassent largement le seul secteur agricole. La guerre du Tigré a laissé un pays profondément fragilisé. Les violences qui persistent dans certaines régions rappellent que la stabilité demeure précaire. Les infrastructures, les routes commerciales et les capacités d’exportation portent encore les traces de ces années de conflit.


À cette instabilité politique s’ajoute une autre menace, plus silencieuse. Le changement climatique transforme progressivement les conditions de culture de l’arabica. Les températures augmentent, les épisodes de sécheresse se multiplient, les maladies progressent. Des plantations doivent gagner en altitude pour conserver la qualité qui a fait la réputation du café éthiopien. Le rendement diminue tandis que la demande mondiale, elle, continue de croître.


Dans le même temps, les meilleurs cafés éthiopiens sont devenus des produits extrêmement convoités. Les torréfacteurs spécialisés, les marchés asiatiques et les acheteurs haut de gamme se disputent des récoltes de plus en plus limitées. Pour un industriel, maintenir toute l’année une origine unique, avec un profil aromatique constant, devient un exercice complexe.


Il serait excessif d’affirmer que la disparition de Master Origin Ethiopia résulte d’une seule cause. Une entreprise comme Nespresso prend ses décisions en fonction de multiples paramètres, économiques, industriels et commerciaux. Mais cette disparition agit comme un révélateur. Elle rappelle que même les gestes les plus ordinaires dépendent d’équilibres géopolitiques devenus particulièrement fragiles.


Nous avons souvent l’impression que la géopolitique appartient aux chancelleries, aux états-majors ou aux sommets internationaux. En réalité, elle s’invite parfois dans des objets beaucoup plus banals. Une tablette de chocolat. Une bouteille d’huile d’olive. Une capsule de café.


Je pensais simplement avoir perdu mon café préféré. J’ai finalement découvert qu’il racontait, à sa manière, l’histoire d’un pays qui cherche encore à retrouver son équilibre.

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