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Maia Sandu relance l’idée de la réunification avec la Roumanie, sans annoncer de référendum

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 15 janv.
  • 3 min de lecture

Chișinău / Bucarest – La présidente moldave Maia Sandu a fait cette semaine une déclaration rare par sa clarté, si un référendum sur l’union avec la Roumanie devait être organisé, elle voterait “oui”. Une prise de position personnelle mais hautement politique, dans un pays où la question de la réunification reste à la fois symbolique, divisive, et intimement liée à la guerre en Ukraine et à la pression russe sur l’espace post-soviétique.

Sandu s’exprimait dans une interview accordée au podcast britannique The Rest is Politics, propos repris ensuite par plusieurs médias et agences. Dans le même mouvement, la cheffe de l’État a reconnu une réalité incontournable, la réunification avec la Roumanie n’est pas aujourd’hui soutenue par une majorité de Moldaves. Les sondages la situent plutôt autour d’un tiers d’opinions favorables, loin du seuil nécessaire pour imposer un basculement institutionnel.



Une déclaration forte, mais pas un changement de trajectoire immédiat


La sortie de Maia Sandu ne signifie pas qu’un référendum serait imminent. Aucune procédure officielle n’est annoncée et le pouvoir moldave continue de présenter l’option européenne comme le chemin prioritaire et le plus réaliste. La présidente a d’ailleurs réaffirmé l’objectif d’une adhésion à l’Union européenne d’ici 2030, ligne centrale de son mandat, et principal marqueur de rupture avec la sphère d’influence russe.

Mais dans un pays soumis depuis des années à des cycles d’instabilité politique, de crises économiques et de campagnes d’influence, la simple formulation “je voterais oui” agit comme un signal, l’union avec Bucarest demeure une option stratégique, au moins sur le plan théorique.



Un sujet identitaire, historique et géopolitique explosif


La question de l’unification renvoie à une histoire lourde. La Moldavie, ex-république soviétique, a été rattachée à la Roumanie dans l’entre-deux-guerres, avant d’être annexée par l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Depuis l’indépendance en 1991, l’État moldave navigue entre une identité propre et une proximité culturelle, linguistique et politique avec la Roumanie.

Les chiffres rappellent cette porosité, environ 1,5 million de Moldaves disposent également de la citoyenneté roumaine, facilitée depuis des années, et qui sert souvent de passerelle vers l’UE, l’emploi à l’étranger et la mobilité.

Mais la réunification est aussi un dossier hautement inflammable, elle réactive des clivages internes (pro-européens vs pro-russes, urbains vs ruraux, jeunes vs générations soviétiques), et renvoie à des zones grises sécuritaires comme la Transnistrie, territoire séparatiste pro-russe, où stationnent encore des forces et stocks hérités de l’URSS.



L’ombre de Moscou en toile de fond


Si Maia Sandu choisit de prononcer ces mots maintenant, ce n’est pas seulement une question de mémoire nationale, c’est aussi un acte de politique étrangère. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, la Moldavie vit sous la menace d’une déstabilisation, pression énergétique, influence médiatique, relais politiques internes, tentatives de mobilisation sociale.

Dans ce contexte, la réunification avec la Roumanie, membre de l’UE et de l’OTAN, apparaît, pour une partie de la société moldave, comme une forme d’“assurance-vie” géopolitique. Pour l’autre partie, elle reste un scénario anxiogène, perçu comme une perte de souveraineté ou comme une provocation inutile face à Moscou.



Un sujet qui dépasse désormais la Moldavie


La phrase de Sandu n’a pas seulement fait réagir à Chișinău et Bucarest, elle a aussi circulé dans le débat régional. Des responsables politiques hors du duo Moldavie–Roumanie s’en sont emparés, illustrant la sensibilité du sujet dans l’espace post-soviétique, où l’idée de redécoupage politique ou de “choix civilisationnel” reste immédiatement interprétée à travers le prisme des rapports de force avec la Russie.



Entre message intérieur et signal extérieur


Sur le plan intérieur, Maia Sandu marche sur une ligne étroite, parler à son socle pro-européen sans fracturer davantage une société déjà exposée aux récits de division. Sur le plan extérieur, elle montre que la Moldavie garde plusieurs options théoriques dans un environnement où la sécurité n’est plus acquise.

Pour l’instant, le cap officiel reste inchangé, l’Union européenne. Mais cette semaine, Sandu a rappelé une chose essentielle, dans cette région, même les hypothèses longtemps jugées taboues peuvent redevenir des sujets de pouvoir, dès lors qu’elles s’inscrivent dans une bataille existentielle entre démocraties fragiles et sphères d’influence.


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