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Somaliland reconnu par Israël : le coup stratégique qui rebat les cartes… et fragilise la région

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 27 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Il y a des reconnaissances diplomatiques qui passent presque inaperçues.

Et puis il y a celles qui font trembler plusieurs régions à la fois.


En reconnaissant officiellement le Somaliland, Israël n’a pas seulement validé l’existence d’un État non reconnu depuis 1991. Il a importé les logiques de la Mer Rouge et du Moyen-Orient dans la Corne de l’Afrique, avec tout ce que cela implique de rivalités, de sécurité maritime… et de risques.



Une reconnaissance qui sent le sel et le fuel


Oublions un instant les discours sur la coopération et l’amitié entre peuples.

Le cœur du sujet est maritime.


Le Somaliland contrôle une façade stratégique sur le golfe d’Aden, à quelques centaines de kilomètres du détroit de Bab el-Mandeb, passage vital pour le commerce mondial, les hydrocarbures et les flux vers le canal de Suez. En 2024-2025, cette zone est redevenue un théâtre de tensions quasi permanentes.


Pour Israël, le calcul est clair, voir, écouter, anticiper dans un espace maritime devenu instable.


Pas besoin d’une base militaire flambant neuve pour ça. Quelques accords bien ficelés suffisent, accès portuaire, coopération en renseignement maritime, capteurs, drones, sécurité des installations. Le genre de présence discrète, mais redoutablement efficace.



Berbera, le vrai trésor


Si un nom doit être retenu, c’est Berbera.

Le port, déjà modernisé avec des capitaux étrangers, est la clé économique et stratégique du Somaliland. Il est pensé comme :

•un hub régional,

•une porte maritime alternative pour l’Éthiopie,

•un point d’appui logistique sur l’axe Mer Rouge – océan Indien.


La reconnaissance israélienne ne transforme pas Berbera du jour au lendemain, mais elle change la perception, le territoire cesse d’être totalement hors-jeu diplomatique. Pour certains investisseurs, c’est un signal. Pour d’autres, un avertissement.



Le backlash était inévitable


La réaction régionale a été rapide et brutale.

La Somalie dénonce une violation de sa souveraineté. L’Union africaine serre les rangs. L’Égypte et la Turquie voient dans ce geste un précédent dangereux.


Et elles n’ont pas tort sur un point.

Si chacun commence à reconnaître des entités sécessionnistes selon ses intérêts stratégiques, le principe d’intégrité territoriale devient à géométrie variable.


la Mer Rouge se polarise encore davantage. Plus de rivalités, plus de démonstrations de force indirectes, plus de pression sur les États fragiles.



Économie, opportunité ou piège ?


Pour le Somaliland, la reconnaissance est une victoire symbolique immense. Après plus de trente ans d’isolement, être reconnu par un État membre de l’ONU, ce n’est pas rien.


Mais économiquement, la réalité est plus ambivalente.


Ce que ça peut apporter :

•une meilleure crédibilité pour certains projets,

•un accès plus facile à des partenaires technologiques,

•un effet vitrine pour Berbera et les corridors logistiques.


Ce que ça peut coûter :

•une hausse immédiate du risque politique,

•des pressions juridiques et diplomatiques sur les entreprises,

•une frilosité accrue des assureurs et des banques.


Autrement dit, le signal est fort, mais la prime de risque ne disparaît pas. Elle change simplement de nature.



Ce que cherche vraiment Israël


Israël n’exporte pas seulement des produits. Il exporte des systèmes :

•irrigation et gestion de l’eau,

•agriculture en zones arides,

•santé et e-santé,

•sécurité portuaire et logistique.


Dans le Somaliland, ces secteurs sont utiles, parfois vitaux. Mais tout ce qui touche à la surveillance, au cyber ou à l’identification sera scruté à la loupe par les voisins, comme par les grandes puissances.



Le pari, en clair


Militairement, Israël gagne un point d’appui potentiel dans un espace maritime critique.

Politiquement, il s’isole sur le continent africain.

Économiquement, il ouvre des portes… tout en rendant le terrain plus inflammable.


Ce n’est pas un coup improvisé. C’est un pari stratégique assumé.

Mais c’est aussi un pari déséquilibrant, qui injecte une logique de confrontation dans une région déjà fragile.


La reconnaissance du Somaliland n’apporte pas de stabilité. Elle apporte de la visibilité, du rapport de force et du risque.


Et en géopolitique, ce cocktail n’a jamais produit des miracles, seulement des lignes de fracture plus nettes.

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