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Trump, la Maison-Blanche comme plateau de télé : inquiétant ou rassurant ?

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 23 juin 2025
  • 3 min de lecture

Il débarque comme on entre sur un plateau. Caméra braquée, sourire tendu, slogan calibré. Cinq mois après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump gouverne comme on produit une émission de télé-réalité. Et chaque semaine apporte son lot de rebondissements : un président ukrainien convoqué devant les caméras, des Marines envoyés dans les rues de Los Angeles comme dans une série Netflix, des menaces absurdes sur l’achat du Groenland…

Bienvenue dans The White House Show, saison 2. L’Amérique comme un script. Le monde comme un décor.


La politique comme un spectacle


Trump ne gouverne pas. Il met en scène.

La visite éclair de Volodymyr Zelensky à Washington ? Annoncée sur X comme un “rendez-vous décisif pour la paix”, elle devient une confrontation tendue en direct, avec déclarations floues, tapes dans le dos, et caméras omniprésentes.

L’envoi des Marines à Los Angeles, officiellement pour “rétablir l’ordre dans les zones woke”, est annoncé dans un clip monté, musique dramatique à l’appui, avant même confirmation du Pentagone.

Et quand il relance son idée d’acheter le Groenland, ce n’est pas une provocation diplomatique, c’est un coup de com. Un moyen d’éclipser le sommet pour le climat à New York. Timing parfait. Narration maîtrisée.


La stratégie est claire : court-circuiter la réalité par le récit, imposer sa propre version des faits, saturer l’espace médiatique jusqu’à l’asphyxie. Tout devient “moment télé”.


Pourquoi c’est inquiétant


Des institutions piétinées


Quand l’armée devient un accessoire politique, quand la diplomatie est gérée par tweet, la fonction présidentielle est réduite à un rôle.

Zelensky n’était pas reçu pour négocier : il jouait un second rôle. Il venait chercher du soutien, il repart avec une photo et des promesses floues. Le scénario était déjà écrit.


Une imprévisibilité dangereuse


Menacer d’acheter un territoire souverain ? D’envoyer les Marines dans une ville gouvernée par l’opposition ? De quitter l’OTAN ?

C’est du bruit. Mais un bruit qui désoriente les alliés, tétanise les marchés, attise les tensions.

Et personne ne sait s’il blague encore, ou s’il passe à l’acte.


Une confusion entre autorité et autoritarisme


Derrière le show se cache un schéma classique : centraliser, désigner des ennemis, contourner les contre-pouvoirs.

Les journalistes sont des traîtres, les juges des obstacles, les gouverneurs démocrates des vendus.

Trump ne veut pas gouverner au nom d’un peuple, il parle à sa base, et elle seule.

Le reste ? Des figurants.


Pourquoi c’est rassurant (pour certains)


Lisible et incarné


“Il dit ce qu’il pense et il fait ce qu’il dit.” Voilà l’argument qui revient dans les meetings.

Trump parle brut, sans filtre, et donne l’impression de trancher dans le flou généralisé. À l’heure des bureaucraties molles, il incarne.


Il assume le théâtre


Là où d’autres font semblant d’être sérieux, Trump revendique le show. Il assume de jouer.

Et dans un monde saturé de faux-semblants, ça crée un étrange sentiment de transparence. On ne lui fait pas confiance parce qu’il est sincère, mais parce qu’il ne cache pas qu’il joue.


Un mythe américain relancé


Les Marines à LA ? Le Groenland menacé ? Zelensky rappelé à l’ordre ?

Pour beaucoup d’électeurs, Trump redonne à l’Amérique le goût du pouvoir, de la domination, de l’imprévisibilité.

Il rejoue le cow-boy solitaire. Celui qui tire d’abord et explique ensuite.


Conclusion : démocratie ou téléréalité politique ?


Trump ne transforme pas le pouvoir en spectacle : il transforme le spectacle en pouvoir. Et cela fonctionne. Parce qu’il connaît son public. Parce qu’il parle plus fort que les autres. Parce qu’il occupe tout l’espace.


Mais quand la diplomatie devient un décor, la loi un script, et la guerre un teaser… que reste-t-il du réel ?

Et surtout, que reste-t-il à opposer à ce vacarme orchestré ?


Faut-il continuer à l’écouter, à lui répondre, à décrypter ses moindres gestes comme des signaux stratégiques ?

Ou au contraire, le laisser brailler, comme un enfant capricieux qui ne supporte pas qu’on l’ignore ?

Peut-être est-ce là, le vrai dilemme démocratique de notre époque :

combattre le bruit ou éteindre le poste.


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