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Venezuela : frappes, enlèvement présidentiel et tutelle annoncée, le moment de bascule

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • 3 janv.
  • 3 min de lecture

En l’espace de quelques heures, la crise vénézuélienne a changé de dimension, de nature et de statut. Frappes américaines, capture du président, annonce d’un procès aux États-Unis, puis déclaration d’une administration américaine provisoire : rarement une séquence aura concentré autant de ruptures stratégiques. Ce qui se joue désormais dépasse largement le sort de Nicolás Maduro. C’est un test grandeur nature de l’ordre international tel qu’il survit encore.



Des frappes comme point d’entrée


Tout commence par des frappes américaines ciblées sur le Venezuela, officiellement destinées à neutraliser des capacités militaires et sécuritaires. Militairement, l’opération apparaît brève et calibrée. Politiquement, elle ouvre une brèche, celle de l’intervention directe, assumée, sans mandat multilatéral.


Ces frappes ne sont pas une fin en soi. Elles servent de couverture à une opération bien plus lourde.



L’enlèvement du président : rupture stratégique


L’annonce par Donald Trump de la capture et de l’exfiltration de Nicolás Maduro fait basculer la crise. On ne parle plus de coercition, mais de décapitation politique. C’est un seuil rarement franchi dans les relations internationales contemporaines, l’arrestation d’un chef d’État étranger par une puissance militaire, hors cadre onusien.


À partir de cet instant, l’argument de la frappe préventive s’effondre. L’objectif n’est plus dissuasif, il est transformationnel.



Un procès américain, symbole d’extraterritorialité


Washington annonce ensuite que Maduro sera jugé aux États-Unis, notamment pour narcotrafic et corruption. Juridiquement, le geste est explosif. Il consacre l’extraterritorialité du droit américain appliquée à un président en exercice, sans reconnaissance internationale de cette compétence.


Pour les opposants au chavisme, c’est l’aboutissement d’années d’impunité.

Pour ses partisans, c’est une humiliation nationale et la confirmation d’une justice des vainqueurs.


Dans les deux cas, le procès devient un acte politique autant que judiciaire.



Une société vénézuélienne fracturée


Sur le terrain, la réaction est loin d’être uniforme.


  • Les partisans du régime dénoncent un enlèvement, parlent d’occupation étrangère et appellent à la résistance.

  • Une partie de l’opposition se réjouit de la chute de Maduro, tout en exprimant un malaise croissant face à une transition imposée de l’extérieur.

  • La population, épuisée, attend surtout sécurité, stabilité et accès aux ressources, sans adhésion automatique à une tutelle étrangère.


La ligne de fracture évolue, elle n’oppose plus seulement chavistes et anti-chavistes, mais partisans ou opposants à l’administration américaine.



Le pétrole, cœur assumé du dossier


Les déclarations de Trump sur le pétrole vénézuélien lèvent les dernières ambiguïtés. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées au monde. En liant explicitement l’intervention à cette ressource, Washington transforme une opération présentée comme sécuritaire ou judiciaire en enjeu économique stratégique.


Ce discours nourrit les accusations d’intervention prédatrice et renforce la défiance internationale, notamment dans le Sud global.



La tutelle annoncée : un précédent majeur


Dernier acte en date, Trump annonce que les États-Unis dirigeront le Venezuela jusqu’à la transition. Le mot est lâché. Il ne s’agit plus d’une influence indirecte, mais d’une administration politique de facto d’un État souverain.


En droit international, la ligne est nette, administrer un territoire étranger sans mandat multilatéral équivaut à une occupation, même temporaire. Washington endosse désormais la responsabilité totale, sécuritaire, économique, humanitaire et politique, de l’avenir vénézuélien.



Un cadeau stratégique à Moscou et Pékin


Paradoxalement, cette séquence valide point par point le discours porté par la Russie et la Chine, celui d’un ordre international où les règles sont instrumentalisées par les puissances dominantes.


Souveraineté violée, justice extraterritoriale, contrôle des ressources,le Venezuela devient un cas d’école. Pour de nombreux États non alignés, le message est clair, si cela est possible ici, cela peut l’être ailleurs.



Deux scénarios pour la suite


Scénario 1, Transition rapide et contrôlée

Mise en place d’une autorité intérimaire locale sous supervision américaine, calendrier électoral clair, retrait progressif. Succès possible, mais fragile et dépendant d’une acceptation interne incertaine.


Scénario 2, Tutelle prolongée et instabilité

Résistances, sabotages, violences sporadiques, pression internationale croissante. Le Venezuela devient un foyer durable de tensions régionales, avec un coût politique élevé pour Washington.



Conclusion


Ce qui se joue au Venezuela n’est pas une simple crise régionale. C’est un moment de bascule stratégique. En quelques jours, les États-Unis ont franchi plusieurs lignes rouges usage direct de la force, capture d’un chef d’État, justice extraterritoriale et administration assumée.


La question centrale n’est plus le sort de Maduro, mais celui des règles du jeu international.

Le Venezuela est désormais un test. Et ses conséquences, quelles qu’elles soient, dépasseront largement Caracas.

1 commentaire


garde.emmanuele
04 janv.

Très intéressant. Où nous mènera ce nouvel ordre mondial dirigé par les grandes puissances ? Des stratégies de chaos annoncé pour l’Europe …pas rassurant tout ça !

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