Bab el-Mandeb : le détroit que l’on ne ferme plus
- thibo périat
- 31 mars
- 2 min de lecture
Dans l’un des passages les plus stratégiques du globe, la supériorité militaire ne suffit plus à garantir la liberté de navigation. Face à une menace diffuse et persistante, le commerce mondial découvre une vérité nouvelle : il n’est plus nécessaire de fermer un détroit pour le neutraliser.

Le goulet du monde
Le monde passe ici, en file indienne. Des coques pleines, des ventres d’acier chargés de pétrole, de blé, de machines, d’attentes. Ils glissent entre deux terres sèches qui ne produisent rien mais commandent tout.
Bab el-Mandeb. La porte des lamentations, disaient les anciens. Ils n’avaient pas tort.
Ce détroit n’est pas un lieu. C’est une dépendance. Une habitude. Un réflexe du commerce mondial. On ne le regarde pas, on l’emprunte. Jusqu’au jour où il tousse.
Djibouti, la vigie saturée
À quelques encablures, Djibouti aligne les drapeaux comme un jeu de cartes posé sur la mer. Les Américains surveillent. Les Français observent. Les Chinois s’installent. Les autres suivent, discrets mais présents.
C’est un théâtre sans rideau, où chacun prétend garantir le passage. Une démonstration permanente.
On pourrait croire que rien ne peut arriver ici. Que la mer est tenue, comptée, verrouillée. Mais la mer ne se verrouille plus.
Les hommes de la côte
En face, sur la côte yéménite, il n’y a ni flotte, ni amirauté, ni pavillon de parade. Il y a des hommes, des rampes de lancement bricolées, des drones qui bourdonnent comme des insectes têtus, des missiles qui partent parfois de travers mais partent quand même.
Ils ne tiennent rien. Ils dérangent tout. Ils ne cherchent pas la victoire. Ils cherchent l’inquiétude. Et ils l’obtiennent.
Le jour où les navires hésitent
Un navire ne pense pas. Mais ceux qui l’envoient, oui. Ils calculent. Ils assurent. Ils anticipent. Et puis un jour, ils doutent.
Ce n’est pas une explosion qui arrête le commerce. C’est une possibilité d’explosion. Ce n’est pas un détroit fermé. C’est un passage devenu incertain.
Alors les routes s’allongent. Les cartes se redessinent. Les capitaines descendent vers le sud, contournent l’Afrique, perdent des jours, gagnent en sommeil. Bab el-Mandeb est toujours là. Mais on ne lui fait plus confiance.
La puissance inutile
Les flottes sont toujours en place. Les radars balayent, les missiles veillent, les états-majors rassurent. Rien n’a disparu. Et pourtant, quelque chose a cédé.
La certitude.
On peut intercepter, riposter, surveiller. On ne peut pas promettre qu’il ne se passera rien. Or, le commerce ne vit pas avec des promesses fragiles.
Le nouveau visage de la guerre
Autrefois, il fallait prendre la mer pour la contrôler. Aujourd’hui, il suffit de la rendre douteuse.
Un détroit n’a plus besoin d’être fermé pour être abandonné. Il suffit qu’il inquiète.
Les Houthis ne possèdent pas Bab el-Mandeb. Ils n’en ont pas les moyens. Mais ils lui ont volé sa tranquillité.
Et dans le monde moderne, c’est parfois tout ce qu’il faut.




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