IRAN : APRÈS KHAMENEI, L’HEURE DES FAUVES
- thibo périat
- 1 mars
- 3 min de lecture
Téhéran s’est réveillée sans Guide.
Ali Khamenei est mort. Le régime confirme. Un triumvirat provisoire s’installe. Officiellement, l’État tient. Officieusement, tout commence.
Car en Iran, le pouvoir ne se résume pas à un fauteuil religieux. Il repose sur un équilibre brutal entre clergé, Gardiens de la Révolution, armée régulière, réseaux économiques et appareil judiciaire. Khamenei était l’arbitre. Sans lui, l’arène s’ouvre.
Tout d’abord, qui tient les armes ?
Les premières heures ne se jouent pas dans la rue mais dans les casernes.
Si les Pasdarans restent soudés, l’État survit.
S’ils se fragmentent, le pays bascule.
Le triumvirat annoncé n’est qu’un dispositif constitutionnel transitoire. La vraie question est ailleurs, qui contrôle les brigades, les missiles, les services de renseignement.
Le corps des Gardiens de la Révolution n’est pas seulement une armée idéologique. C’est un empire économique, un réseau politique, une colonne vertébrale sécuritaire. Ils ne laisseront pas le vide s’installer.
La tentation du verrouillage
Premier scénario : consolidation autoritaire.
Un nouveau Guide désigné rapidement. Discours d’unité nationale. Répression ciblée. Mise au pas des hésitants.
Dans ce cas, le régime mute sans disparaître. Moins de théologie affichée, plus de nationalisme. La République islamique deviendrait un État sécuritaire classique avec vernis religieux réduit.
Le Moyen-Orient continuerait à composer avec une puissance iranienne intacte.
La ligne de fracture
Deuxième hypothèse : tension ouverte entre les Pasdarans et l’armée régulière.
L’Artesh n’est pas idéologique. Elle est nationale. Si elle se pose en arbitre, le pays entre dans une zone grise.
Un affrontement direct reste improbable à court terme. Mais un désaccord public sur la succession serait un séisme. L’Iran a déjà connu une révolution. Il n’a jamais connu une guerre interne entre ses propres forces armées modernes.
La rue, variable explosive
La société iranienne est jeune, éduquée, urbaine. Les mobilisations de 2009, 2019, 2022 ont montré un rejet profond d’une partie du système.
La mort du Guide peut être perçue comme une brèche historique.
Mais une insurrection sans coordination nationale serait vulnérable.
Sans leadership structuré, l’émotion peut se transformer en chaos local, pas en transition.
Le mirage du retour monarchique
Certains évoquent un retour du Shah via la figure de Reza Pahlavi. L’idée circule dans la diaspora. Sur le terrain, elle reste marginale.
Quarante ans ont transformé la société. L’Iran de 2026 n’est plus celui de 1979. Un retour dynastique pur relève plus du symbole que du scénario stratégique.
Le facteur nucléaire
C’est l’ombre au-dessus de tout.
Un vide de pouvoir dans un pays au seuil nucléaire change l’équation régionale.
Israël n’acceptera pas une incertitude durable autour des installations sensibles. Les États-Unis surveillent. La Russie observe. La Turquie calcule. L’Arabie saoudite attend.
Une escalade externe pourrait figer les lignes internes. Rien ne consolide un régime comme une guerre extérieure.
Ce qui est le plus probable
Ni effondrement immédiat.
Ni démocratie fulgurante.
Ni restauration monarchique.
Le scénario dominant reste une recomposition interne pilotée par l’appareil sécuritaire. Une transition contrôlée, peut-être plus nationaliste que théocratique, mais toujours centralisée.
La République islamique peut perdre son guide sans perdre son ossature.
Mais l’histoire accélère
Les trente prochains jours seront décisifs.
Déclarations des chefs militaires.
Mouvements de troupes.
Arrestations silencieuses.
Coupures d’internet.
Taux du rial.
Si l’appareil sécuritaire reste cohérent, l’Iran absorbera le choc.
S’il se fissure, le pays entre dans une ère d’incertitude longue.
Khamenei est mort.
La République islamique n’est pas encore tombée.
Mais pour la première fois depuis 1989, le centre du pouvoir iranien vacille.
Et dans cette région, quand le centre vacille, le monde entier retient son souffle.




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