Ukraine, Groenland : l’Europe prise en étau
- thibo périat
- 31 déc. 2025
- 2 min de lecture
Une Europe réellement puissante, stratégique, militaire, autonome, serait un événement majeur du XXIᵉ siècle. Elle serait aussi, paradoxalement, une mauvaise nouvelle pour deux puissances pourtant antagonistes : les États-Unis et la Russie.
Pas pour les mêmes raisons, pas avec les mêmes méthodes. Mais avec un résultat commun : empêcher l’émergence d’un pôle européen indépendant.
Les dossiers ukrainien et groenlandais, rarement analysés ensemble, révèlent cette dynamique.
L’Ukraine, protéger l’Europe sans l’émanciper.
La guerre en Ukraine a replacé la sécurité au cœur du projet européen. Elle a aussi refermé une parenthèse, celle de l’illusion d’une autonomie stratégique rapide.
Depuis 2022, l’Europe :
•finance massivement l’effort de guerre,
•livre des armes,
•encaisse les conséquences économiques et sécuritaires.
Mais la clé du système reste américaine, renseignement, logistique, dissuasion, tempo diplomatique. L’OTAN se renforce, certes, mais sous direction américaine, pas européenne.
Cette configuration protège le continent, tout en pérennisant sa dépendance. Une Europe capable de gérer seule sa sécurité orientale réduirait mécaniquement le rôle de Washington. Or, ce scénario n’est ni encouragé ni accéléré.
Groenland, la souveraineté conditionnelle
Le Groenland agit comme un rappel brutal de hiérarchie stratégique. Quand un président américain affirme qu’il est “nécessaire” à la sécurité des États-Unis, le message dépasse l’Arctique.
Il dit ceci, la souveraineté européenne n’est pas intangible lorsqu’elle entre en collision avec des intérêts américains majeurs.
Le Groenland concentre tout ce qui comptera demain :
•contrôle des routes arctiques,
•ressources critiques,
•projection militaire,
•rivalité sino-russe en arrière-plan.
Qu’un territoire relevant d’un État européen puisse être traité comme un objet stratégique négociable révèle une réalité peu dite, l’Europe est alliée, mais pas égale.
Moscou, empêcher l’Europe de devenir un pôle
Pour la Russie, une Europe forte serait une défaite structurelle. Une Europe unie, armée, stratégiquement autonome deviendrait :
•un voisin dissuasif,
•un acteur diplomatique indépendant,
•un concurrent durable à l’ouest.
La guerre en Ukraine ne vise pas seulement Kyiv. Elle vise aussi à maintenir l’Europe dans un état de vulnérabilité stratégique, contrainte de s’abriter sous le parapluie américain. Peur à l’Est, divisions internes, dépendance sécuritaire, une Europe immobilisée est une Europe neutralisée.
Un étau, pas un complot
Ukraine à l’Est, Groenland au Nord, ces deux dossiers dessinent un étau géopolitique.
Il ne s’agit pas d’une collusion entre Washington et Moscou, mais d’une convergence d’intérêts négatifs. Aucun des deux n’a intérêt à voir émerger une Europe-puissance.
Résultat, le continent reste central, exposé, indispensable mais jamais pleinement souverain. Un théâtre stratégique majeur, rarement un acteur.
La faiblesse européenne, aussi interne
Ce constat serait incomplet sans une vérité dérangeante, l’Europe s’auto-limite.
Désaccords politiques, lenteur décisionnelle, dépendance industrielle, frilosité stratégique, l’affaiblissement n’est pas seulement imposé, il est aussi entretenu.
Mais une chose est claire,
une Europe forte ne serait ni une bonne nouvelle pour Washington, ni pour Moscou.
Et tant qu’elle refusera d’en tirer les conséquences politiques, d’autres continueront à décider pour elle.




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