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Trump au Groenland : demander l’impossible, obtenir un bout, proclamer le tout

  • Photo du rédacteur: thibo périat
    thibo périat
  • il y a 2 heures
  • 3 min de lecture

En 2019, Donald Trump avait posé son idée comme on lance un pavé dans une vitrine diplomatique, acheter le Groenland. Le Danemark avait refusé net, les Groenlandais avaient rappelé qu’ils n’étaient « pas à vendre », et le monde avait classé l’épisode dans la rubrique caprice présidentiel.


Sept ans plus tard, le dossier revient. Et il revient avec un parfum typiquement trumpien, une revendication maximaliste au départ, un résultat partiel à l’arrivée, mais emballé comme un triomphe total.


Car Trump n’a pas obtenu le Groenland. En revanche, il affirme désormais que les États-Unis vont gagner une forme de souveraineté sur les zones où sont implantées les bases américaines sur l’île, selon une déclaration au New York Post rapportée par Reuters.




Du fantasme territorial au verrou militaire


Le “deal” n’a plus rien à voir avec une annexion de l’île, ni même avec une transaction globale. Il s’agirait plutôt d’un cadre permettant à Washington de sanctuariser juridiquement des espaces précis, ceux qui comptent dans la projection militaire américaine, aujourd’hui et demain.


L’idée ressemble à un modèle déjà existant dans l’histoire stratégique, ne pas posséder tout un territoire, mais contrôler les points clés. Dans l’entourage de Trump, la logique évoquée est celle des “sovereign base areas”, autrement dit des zones de souveraineté militaire séparées du reste du pays hôte, une mécanique qui permet d’obtenir l’essentiel sans assumer le coût politique d’une annexion totale.


C’est moins spectaculaire qu’un achat de territoire. Mais c’est plus opérationnel.



Pourquoi le Groenland est devenu un enjeu de puissance


Derrière le bruit politique, il y a une réalité froide, le Groenland est un multiplicateur stratégique. L’île est un poste avancé dans l’Atlantique Nord et l’Arctique, un espace de surveillance, d’alerte avancée et de présence militaire dans une zone redevenue centrale à mesure que les tensions montent avec la Russie et que la Chine s’intéresse à l’Arctique.


Le “cadre” mis en avant par Trump serait aussi lié à une ambition plus large, notamment dans le registre antimissile, et à une vision où le Groenland devient une pièce durable de l’architecture sécuritaire américaine.


Bref, dans l’esprit américain, ce n’est pas une île lointaine. C’est une infrastructure.



Le flou utile : un accord-cadre, beaucoup de zones grises


Problème, à ce stade, on parle d’un “framework”, un accord-cadre, formulation diplomatique souvent pratique, car elle permet de revendiquer une avancée sans révéler les clauses qui fâchent. Sky News souligne d’ailleurs que la part de communication et d’ambiguïté reste majeure, avec une promesse trumpienne d’une “solution” bénéfique à l’échelle de “tout l’Arctique”.


En parallèle, Le Monde décrit des discussions plus “conventionnelles” entre Washington et Copenhague, centrées sur l’extension de l’accès militaire américain plutôt que sur une prise de contrôle formelle de l’île.


Autrement dit, on n’est pas dans un traité historique déjà gravé dans le marbre. On est dans une séquence de pression, où Trump fixe un horizon extrême, puis “accepte” une version réduite, sans jamais admettre qu’il a réduit ses ambitions.



Réactions : la “ligne rouge” groenlandaise


Même limitée aux zones de bases, l’idée reste politiquement toxique localement. Le Groenland et le Danemark ont rappelé que la souveraineté n’était pas négociable, qualifiée de “ligne rouge” dans plusieurs réactions relayées par la presse internationale.


Car le sujet dépasse la technique juridique, ce que Trump met sur la table, c’est un principe. Celui d’une souveraineté à géométrie variable, ajustable dès que l’intérêt stratégique américain entre en scène.


La méthode Trump, c'est de demander trop, obtenir moins, raconter plus



C’est là que l’épisode devient révélateur.


Trump n’a pas obtenu ce qu’il avait vendu au départ, le Groenland.

Il obtient, peut-être, un fragment utile, des droits renforcés, un statut spécial, une extension du contrôle autour des installations américaines.


Et ce fragment est suffisant pour lui permettre de proclamer la victoire, « We’ll have everything we want », lâche-t-il au New York Post, avec l’assurance familière du négociateur qui annonce le résultat avant même que tout le monde ait signé.


C’est exactement sa mécanique :

1. une demande impossible,

2. une négociation sous pression,

3. un résultat partiel,

4. une narration totale.


En apparence, “tout ça pour ça”.

En pratique, un rappel brutal, en géopolitique, on n’a pas toujours besoin de conquérir un pays pour le contraindre. Parfois, il suffit de verrouiller les accès, puis d’expliquer au monde qu’on a gagné.

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